Retour

Interview: Olivier Maloberti, Coordinateur d'ESSIAL

Olivier Maloberti est le coordinateur scientifique d'ESSIAL. Dans cette interview, il explique les objectifs du projet et son impact pour l'industrie européenne. 

Question : Olivier, vous êtes le coordinateur d’ESSIAL. Quels sont les objectifs de ce projet ?

ESSIAL est l’acronyme de “Electrical Steel Structuring, Insulating, and Assembling by means of the Laser technologies” (Structuration, isolation et assemblage d’aciers électriques au moyen des technologies laser). L’ambition du projet est de réduire les pertes d’énergie, les bruits acoustiques mais aussi le coût global des produits composés d’acier électrique comme les moteurs, les transformateurs ou les inducteurs, omniprésents dans l’industrie manufacturière. De plus, nous souhaitons que ces aciers électriques améliorés soient plus écologiques, c’est-à-dire sans émission d’agents polluants pendant leur durée de vie en respect du règlement REACH, et produits à base de matériaux faciles à recycler.

Q : Mais pourquoi est-il important d’améliorer les aciers électriques ?

L’industrie métallurgique utilise de plus en plus de matériaux magnétiques doux pour transformer les aciers électriques. Les matériaux magnétiques doux renforcent la densité énergétique, mais génèrent, d’une part, des pertes d’énergie et d’autre part, du bruit, à cause de la tension et des vibrations induites. Selon un rapport publié par Market & Markets, le marché mondial des matériaux magnétiques doux a été évalué à 18 millions de dollars en 2015, avec une projection à 28 milliards en 2021, soit un taux de croissance annuel de 7,8 %. Cette hausse importante pour la demande de matériaux magnétiques doux appelle à une amélioration rapide de la performance et des fonctionnalités des circuits magnétiques doux laminés, afin d’atteindre les objectifs liés à la transition énergétique.

Q : Comment allez-vous procéder ?

Pour atteindre nos objectifs, nous devons définir les paramètres optimaux pour le procédé de fabrication de l’acier, dont la texturisation laser, et également pour les aspects liés à l’isolation, le revêtement et l’assemblage. Cet ensemble de tâches sera réalisé pendant les 3 premières années d’ESSIAL grâce à la collaboration entre nos partenaires académiques – ESIEE Amiens, l’Université de Picardie Jules Verne et l’Université Carlos III de Madrid – ainsi que 4 centres de recherche spécialisés en métallurgie (Groupe CRM et l’IRT M2P), en technologie laser (Multitel) et en plastiques (Andaltec). Une fois ces paramètres définis, nous testerons leurs performances sur plusieurs prototypes : deux inducteurs d’électricité, un transformateur et une machine de rotation électrique. Ils seront développés par deux entreprises: SEPSA en Espagne et Jeumont Electric en France. Mais le projet est encore plus ambitieux : une des tâches spécifiques du projet consiste à démontrer que les procédés lasers et les solutions de contrôle associées qui sont développés dans le cadre d’ESSIAL peuvent s’appliquer économiquement à la production en série sur des lignes de production existantes. Dans ce cas, la hausse du prix se limiterait à moins de 10 % du coût des produits conventionnels, et serait largement amortie sur la durée de vie du produit. Cette tâche sera réalisée principalement par l’Institut Fraunhofer et Lasea, une entreprise belge spécialisée en procédés lasers et de texturisation.

Q : Quelle sera la valeur ajoutée pour l’industrie européenne ?

Les entreprises du consortium seront les premières bénéficiaires des résultats du projet. SEPSA et Jeumont, qui sont des utilisateurs finaux d’aciers électriques, pourront bénéficier d’une meilleure efficacité de leurs produits ce qui leur apportera un avantage compétitif sur les marchés. L’entreprise LASEA, spécialisée dans la fabrication de systèmes de laser industriels, pourra commercialiser de nouvelles machines grâce à la technologie ESSIAL. En outre, les grands groupes métallurgiques gagneront en connaissance dans le domaine des aciers électriques. Mais nous nous attendons aussi à pouvoir promouvoir notre technologie auprès d’autres entreprises européennes. Le cluster français MATIKEM, réalise une étude de marché en continu pour déterminer quelles entreprises pourraient être intéressées par les résultats du projet, tout en prenant compte l’adaptation nécessaire de la technologie à leurs besoins spécifiques. De plus, plusieurs workshops sont déjà prévus pour impliquer des partenaires dans l’exploitation des résultats.